Archives Mensuelles: novembre 2008

…que j’avais pas dessiné. Une petite affiche pour les amis du GRATTOIR :

La plus belle illustration de cet évanouissement systématique d’une réalité dont on savoure en quelque sorte le crépuscule – ce serait le destin actuel de l’image, de la disparition de l’image dans le passage inexorable de l’analogique au numérique. Le destin de l’image étant exemplaire, car l’invention de l’image technique sous toutes ses formes est notre dernière grande invention dans la recherche acharnée d’une réalité « objective », d’une vérité objective dont le miroir nous serait tendu par la technique… Or il semblerait que le miroir se soit pris au jeu et ait tout transformé en une « réalité » virtuelle, digitale, informatique, numérique – le destin de l’image n’étant que l’infime détail de cette révolution anthropologique.

Il n’y a pas de plus belle analogie pour illustrer cette révolution que celle de la photo devenue numérique, libérée du même coup du négatif et du monde réel. 
Et les conséquences de l’un comme de l’autre sont incalculables – à des échelles différentes bien sûr. Fin d’une présence singulière de l’objet, puisqu’il peut être numériquement construit. Fin du moment singulier de l’acte photographique, l’image pouvant être immédiatement effacé ou recomposée. Fin du témoignage irréfutable du négatif. En même temps disparaissent le différé et la distance, ce blanc entre l’objet et l’image que constitue le stade du négatif. La photo argentique est une image produite par le monde, qui implique encore, grâce au médium de la pellicule, une dimension de la représentation.
L’image numérique, elle, est une image directement sortie de l’écran, qui vient s’immerger dans la masse de toutes les autres images sorties de l’écran. Elle est de l’ordre du flux, captive du fonctionnement automatique de l’appareil.
Quand le calcul, le digital l’emportent sur la forme, quand le logiciel l’emporte sur le regard, peut-on encore parler de photographie ?

Tout cela n’est pas une simple péripétie technique : avec ce virage du numérique, c’est toute la photographie analogique, c’est tout l’image, conçue comme la convergence de la lumière venue de l’objet et de celle venue du regard, qui est sacrifiée, définitivement condamnée. Au fil de la numérisation, on ne trouvera bientôt plus de pellicule, de surface sensible où les choses venaient s’inscrire négativement. Il n’y aura plus qu’un logiciel d’images, un effet digital au milliardième de pixel et, en même temps, une facilité inouïe de prise de vue, de retour-image, de photosynthèse de n’importe quoi.Métaphoriquement, c’est toute la richesse du jeu de la présence et de l’absence, de l’apparition et de la disparition (l’acte photographique fait s’évanouir, un bref instant, l’objet dans sa « réalité » – rien de tel dans l’image virtuelle ni dans la saisie numérique – sans compter la magie de la transparition de l’image dans le développement) – c’est tout e cette richesse du geste photographique qui disparaît dans l’avènement du numérique.

C’est le monde, et la vision du monde qui en est changé.

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Ce qui distingue l’image analogique, c’est qu’en elle se joue une forme de disparition, de distance, d’arrêt sur le monde. Ce néant au cœur de l’image dont parlait Warhol.
Alors que, dans le numérique ou, plus généralement, dans l’image de synthèse, il n’y a plus de négatif, plus de « différé ». Rien n’y meurt, rien n’y disparaît. L’image n’est plus que le résultat d’une instruction et d’un programme, aggravé par la diffusion automatique d’un support à l’autre : ordinateur, téléphone mobile, écran, télé, etc – l’automaticité du réseau – répondant à l’automaticité de la construction de l’image.

Alors, faut-il sauver l’absence, le vide, faut-il sauver ce néant au cœur de l’image ?

Jean Baudrillard 
(extrait de “Pourquoi tout n’a t-il-pas déja disparu?”)

 

Via : Eric Antoine “PISSING IN A RIVER”

 

 

Enfin le blog à Christin Georgel ”Sérigraphe – Illustrateur – Photographe”